
Louis, un adolescent de 17 ans placé depuis quelques mois dans un foyer de l'Aide sociale à l'enfance (ASE), a été violemment passé à tabac par plusieurs jeunes dans la nuit du 19 au 20 juin, à Narbonne, avant d'être abandonné agonisant. Il est décédé trois jours plus tard. Cinq suspects, âgés de 16 à 20 ans, ont été mis en cause dans cette affaire. Un drame qui est loin d’être un cas isolé. Régulièrement, les médias relayent des violences impliquant des jeunes, voire des mineurs.
Nicolas Sajus, psychanalyste, psychothérapeute et psychocriminologue, expert auprès de la Cour Pénale Internationale de La Haye (Pays Bas) et assesseur des tribunaux pour enfants près la Cour d'Appel de Montpellier, est confronté depuis plus de 20 ans à l’hyperviolence des adolescents. Il a côtoyé les parloirs de prisons pour mineurs et les couloirs de la protection de l’enfance. Il décrypte pour Aleteia les causes, multiples, de la violence de plus en plus intense et précoce chez les adolescents et soulève de nombreuses problématiques : défaillance des prises en charge du côté des institutions, crise de l’autorité éducative du côté des parents, autant de cruels manquements sur lesquels agir pour tenter d’enrayer la spirale de la violence adolescente.
Nicolas Sajus : L'hyperviolence est très médiatisée sur des faits isolés. Certains types de violence augmentent, oui, mais la criminalité en tant que telle – les tentatives de meurtre, les homicides, – a plutôt tendance, selon les études, à diminuer chez les adolescents.
Cela va être certains types d'agressions, des violences qui peuvent être en bandes organisées, toutes les violences physiques et verbales. Elles concernent même des mineurs de moins de 13 ans. Certains jeunes ont de graves défaillances empathiques, ce qui génère du harcèlement scolaire de manière très précoce. Il y a aussi le lynchage à travers les réseaux sociaux. Ces types de violence, froide, augmentent fortement.
C’est multifactoriel. J'ai une expérience dans la protection de l'enfance, je rencontre des mineurs en prison, dans ce cas-là, l’une des causes est l'exposition précoce aux violences intrafamiliales. La plupart des mineurs incarcérés ont eux-mêmes été maltraités. Ils vont répéter des choses qu'eux-mêmes ont vécues avec des traumatismes précoces et des carences affectives. Il s’agit de cas "complexes", c’est le nom qu’on leur donnait dans les années 1980, ils étaient alors à la marge, mais aujourd'hui ils sont de plus en plus nombreux à avoir été maltraités, violés, violentés...
Source : fr.aleteia.org
Découvrir la suite de l'article sur le site d'origine
Face à l'actualité tragique, le Docteur Nicolas Sajus, psychanalyste et psychocriminologue, répond aux questions d'Aleteia sur la violence des adolescents. Le manque de cadre, l'inversion des rôles, l'exposition aux violences intrafamiliales dès l'enfance, créent des traumatismes profonds qui entraînent des comportements déviants et violents, sans les justifier bien sûr. C'est une réforme profonde de la société, de la protection de l'enfance et de la justice, qu'appellent ces comportements. Peut-être un sujet pour les présidentielles ?