
Une étude de Microsoft Research et Carnegie Mellon University, présentée à la conférence CHI 2025, montre qu’une confiance élevée dans l’IA générative s’accompagne d’un recul mesurable de la pensée critique, quand la confiance en ses propres compétences produit l’effet inverse.
Le signal est plus préoccupant encore chez les plus jeunes : selon une enquête de la fondation hongkongaise Our Hong Kong Foundation début 2026, 23 % des élèves se disent incapables de terminer leurs devoirs sans IA, un chiffre que 71 % des enseignants associent à un risque perçu d’affaiblissement cognitif.
Ces deux études, l’une chez des adultes au travail, l’autre chez des enfants en apprentissage, mesurent en réalité le même mécanisme à deux âges de la vie : la pensée critique ne s’use pas parce que l’IA donnerait de mauvaises réponses, mais parce qu’elle dispense de l’effort qui, seul, la construit.
Pour comprendre ce mécanisme, trois points de vue s’imposent, et aucun ne suffit isolément à expliquer pourquoi un texte généré nous convainc : celui de la machine, celui de l’utilisateur, et celui du sophiste qui l’instrumentalise. Ce sont les trois maillons d’une même chaîne, à examiner l’un après l’autre avant de comprendre comment ils s’articulent.
La machine ne voit rien. Cette remarque n’est pas une critique technique, mais une clarification cognitive indispensable. Un modèle de langage ne « pense » pas la phrase qu’il énonce : à chaque mot, il produit, par des calculs complexes, la suite statistiquement la plus plausible, à partir de tout ce qui a été énoncé auparavant.
Notre propre raisonnement, tel que le décrit Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002 à travers la distinction entre système 1 et système 2, ne se réduit pas, lui, à une simple extrapolation statistique : le système 1 en relève bien, rapide et intuitif, mais le système 2 nous permet de vérifier, de contredire, de suspendre un jugement, de confronter une idée à l’expérience.
C’est précisément cette capacité de mise à distance qu’un usage passif de l’IA risque d’atrophier et c’est là que le danger se love ! Sans ce système 2 pour faire contrepoids, notre cerveau, qui associe spontanément fluidité et fiabilité, un biais aujourd’hui bien documenté en science cognitive, n’a plus aucun garde-fou pour repérer l’erreur.
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Laurence Devillers, chercheuse au CNRS, alerte sur les dangers de l'utilisation de l'intelligence artificielle. Le principal risque selon elle est l'appauvrissement de l'esprit critique des jeunes utilisateurs mais aussi des adultes, par la facilité d'utilisation et les réponses instantanées de l'IA.
Il est nécessaire d'éduquer les jeunes à une utilisation raisonnée et critique de cet outil, mais également de légiférer pour que cette technologie soit maitrisée et utilisée à bon escient. Sur ce dernier point notre responsabilité personnel est également engagée.