
« Alors, vous me dites, est-ce que je peux commencer ? On y va, madame ? J’y vais tout doucement. C’est parti. » Au bloc opératoire du CHU de Lille, l’ambiance est feutrée ce matin-là. Dans cette petite pièce pas plus grande qu’une chambre, les lumières sont tamisées. Emma*, sur son brancard, fixe le plafond. Légèrement sédatée, elle reste consciente et continue de discuter avec l’anesthésiste, installée près de sa tête. À quelques centimètres de là, les yeux rivés sur l’écran de l’échographe, la gynécologue Marianne Abboud guide délicatement son aiguille d’un ovaire à l’autre, d’un follicule à un autre. À l’intérieur se cachent peut-être les ovocytes qui permettront un jour à cette femme de devenir mère. Ou peut-être jamais.
Le geste dure cinq minutes mais il est précis.
Une fois la ponction terminée, une véritable course contre la montre s’engage pour protéger ces cellules d’une extrême fragilité. Les tubes de liquide folliculaire sont placés dans une « valisette thermostatée qui maintient une température en permanence à 37° ». Direction le laboratoire, où les biologistes vont traquer ces organismes microscopiques avant de les plonger dans l’azote liquide En moyenne, 85 % des ovocytes prélevés sont matures et de bonne qualité pour être vitrifiés, c’est-à-dire potentiellement conservés à vie.
Ce jour-J est en fait l’aboutissement d’un parcours qui commence par un clic de souris et souvent beaucoup de stress. À Lille, pour gérer l’afflux massif de demandes, dû au « Big Bang » législatif de la loi de bioéthique de 2021, l’hôpital a dû instaurer une organisation exceptionnelle. Cette loi a en effet autorisé l’autoconservation ovocytaire pour toutes les femmes de 29 à 37 ans sans motif médical, tout en instaurant son remboursement intégral par la Sécurité sociale. Cette « gratuité » totale, une exception française, a provoqué un engouement tel que les services hospitaliers se sont retrouvés littéralement submergés.
Mais alors qui sont ces femmes justement ? Il n’y a pas de profil type. Elles ont en moyenne 35 ans, sont célibataires ou en couple, certaines savent qu’elles veulent un enfant, d’autres hésitent encore. Il y a celles qui attendent une rencontre, celles qui n’ont pas encore les conditions pour devenir mères et celles qui veulent simplement ne pas avoir à regretter plus tard de ne pas avoir tenté et mis toutes les chances de leur côté. Des situations différentes, mais une même volonté : anticiper une infertilité et faire avec une horloge biologique qui, elle, n’attend pas.
Source : www.lavoixdunord.fr
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