
Genethique : « Cinq ans après la loi bioéthique de 2021, l’accès élargi à l’AMP[2] repose plus que jamais sur les donneurs, alors que seuls 11 % des Français sont aujourd’hui prêts à faire un don. »[3] L’ABM, une agence d’Etat, en appelle aux Français pour répondre à la demande croissante de procédures d’AMP avec tiers donneur. Comment réagissez-vous à cette interpellation visant à « permettre à des milliers de projets parentaux de voir le jour » ?
Monette Vacquin : Demandez à un enfant s’il a envie d’être l’objet d’un projet parental ! Une des premières choses que l’on peut observer, c’est qu’en ouvrant la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes – qui ne sont pas nécessairement stériles – avec la loi de bioéthique de 2021, la PMA a fait l’aveu, aussi et malgré elle, que l’infertilité n’était probablement pas son motif principal, mais la rationalisation d’un mouvement beaucoup plus vaste et beaucoup plus obscur, qu’on peut nommer désexualisation de l’origine (cf. Monette Vacquin : « Le grand moment de rupture, c’est la fécondation in vitro »).
Ainsi, une agence d’Etat serait détentrice des normes pour l’espèce. Et de l’idéologie, et du langage, et du vocabulaire. Mais qu’est-ce que l’Etat a à voir là-dedans ? Si un acte était intime et ne le concernait pas, c’était bien celui de donner la vie. Qu’on le puisse ou pas ensuite, c’est secondaire. Tout cela a un petit parfum totalitaire…
On peut aussi relever qu’il n’y a pas assez de « donneurs » de gamètes, ce qui est très intéressant. Le discours marketing fondé sur la générosité, l’altruisme – toutes sortes de vieilles lunes -, est efficace mais il y a tout de même une résistance qui s’exprime dans le fait qu’on manque de donneurs. Pourquoi ? Parce que, objet d’investissement, imaginaire, conscient ou inconscient, il n’y a pas de biologique pur chez l’homme, dans l’humanité. Ça n’existe pas. Nous ne sommes pas des amibes.
G : A l’occasion du lancement de la campagne de l’ABM, des donneurs ont livré leur témoignage au journal Libération[4]. Rémi, lui-même conçu à partir d’un don, indique avoir donné ses gamètes à la fin de sa thérapie. « Ce don c’est une main tendue au petit enfant que j’ai été dans le passé et c’est aussi l’envie de rendre à la société ce que j’ai reçu », confie-t-il. Il a subi ensuite une vasectomie : « Comme ça la boucle est bouclée ! » Jean-Guillaume déclare de son côté : « C’est tout de même important pour moi de malgré tout me faire perdurer après la mort, je pense, en aidant quelqu’un à créer une autre personne ». Comment analyser ces motivations ? Peut-on considérer de la même manière un don de spermatozoïdes et un don d’ovocytes ?
MV : Je ne commenterai pas ces cas personnels par déontologie élémentaire. Mais redisons-le : il n’y a pas de biologique qui ne soit investi psychiquement, de manière consciente ou inconsciente.
Donner ses gamètes est bien sûr un acte différent pour les hommes et pour les femmes, mais cela me paraît très secondaire. Ce qui n’a pas du tout été relevé, c’est que quand la PMA s’est mise à pratiquer le don de sperme, c’est-à-dire dès le départ, elle pouvait au moins s’appuyer sur le fait que l’histoire humaine savait qu’un enfant pouvait être l’enfant d’une aventure, voire d’un viol. Le don d’ovocyte, lui, rompt avec toute modalité de parentalité connue dans l’histoire.
Source : www.genethique.org
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Génèthique interviewe dans cet article Monette Vacquin, psychanalyste et essayiste,sur la campagne "Faites des parents" lancée le 16 septembre par l'Agence de la biomédecine, dans le but de sensibiliser et de recruter de nouveaux donateurs de gamètes, en particulier auprès des jeunes adultes.L'analyse de Monette Vacquin montre la transformation de notre rapport à la filiation, que la médecine et le droit amène la dissociation entre conception biologique, grossesse, parentalité et filiation : "Le corps n’est plus ce qu’on est, mais ce que l’on a et qu’on peut échanger."Article à lire !